L'évènement de l'ornithologie parisienne en 2008 a sans doute été (avec celle du Martin-pêcheur) la découverte de la nidification de l'épervier dans Paris...et en 3 endroits en plus ! Les parcs Montsouris et des Buttes-Chaumont et la BNF ont hébergé cette année chacun leur couple de rapaces. Cet évènement avait été précédé par l'augmentation de la présence de l'espèce hors période de reproduction : j'ai déjà raconté 2 scènes de rencontres avec l'épervier dans Paris (pour les voir, cliquez là.....puis là !) Je profite de la réception de 2 nouvelles séries de photos (merci aux photographes !....) pour faire le point sur cette espèce en ville. Tout d'abord, sans épervier, Paris était plutôt une exception parmi les capitales européennes : on trouve l'épervier à Kensington Gardens à Londres, au parc du Cinquentenaire à Bruxelles et si on ne le trouve guère à Berlin, c'est que la place est prise par l'Autour des palombes ! 
Qui a été le plus surpris, le photographe ou l'épervier ? ( photo prise au parc de Bercy par JB Alemanni)
Pourquoi s'établit-il maintenant ? Il faut rappeler aux petits jeunes l'histoire des rapaces en France depuis les années 70':en cette période, les insecticides, essentiellement les organochlorés (DDT et autres....), s'accumulaient le long des chaînes alimentaires et atteignaient leur concentration maximum dans les oeufs des rapaces, ce qui les rendaient fragiles, au point que leur coquille pouvait casser sous le poids de la couveuse. Le plus souvent, les pesticides tuaient l'embryon. Si onrajoute les tirs par les chasseurs qui mettaient un point d'honneur à détruire ces "animaux nuisibles", on comprend que les rapaces aient diminué de manière dramatique jusqu'aux années 70 : il n'y avait plus que quelques couples de faucons pèlerins dans les Vosges au point qu'aucun jeune ne s'est envolé dans ce massif certaines années. De même, sans atteindre la même extrême rareté,l'épervier était en situation très préoccupante et le jeune ornitho que j'étais a eu bien du mal à faire sa "coche" d'épervier ! 
>>>>>>>>>Une fois sa surprise passée, l'épervier a été manger sa proie à l'abri (photo JB Alemanni)
Heureusement il y a quelques fois des mesures qui marchent : on a interdit les organochlorés et on a interdit de tirer les becs crochus" et progressivement les rapaces sont revenus....on retrouve des pèlerins et des balbuzards mais aussi des buses ...et des éperviers ! On avait oublié qu'au début du siècle l'espèce était donnée comme le rapace le plus commun ! Ensuite, l'espèce a fait comme beaucoup d'espèces communes poussées par la saturation des milieux naturels...elle s'est aventurée en ville et s'est aperçue que l'Homme actuel faisait plus de bruit que de mal ! Comme d'autres espèces, c'est en hiver que les éperviers ont commencé à fréquenter la ville : à Paris on avait pu noter son augmentation au début des années 2000. Le côté surprenant de la situation actuelle vient d'une réputation usurpée d'oiseau farouche, conservée de l'époque où elle était simplement rare...En fait l'épervier n'a pas très peur de l'Homme : à Lublin (Pologne) où l'espèce s'est établie récemment, sur 4 nids, un était situé sur un alignement d'arbres entre 2 rues passantes et un autre sur le parking d'une boîte de nuit ! Au parc des Buttes-Chaumont, le nid est situé au sommet d'une butte où viennent tous les matins des habitués pour faire leur Taï-chi ! Quant au couple de la BNF, il faut signaler pour ceux qui ne connaissent pas le lieu qu'il s'agit d'un "bois" de pin d'un hectare engoncé entre les barres et les tours de la Bibliothèque Nationale de France ! Regardez la photo prise en plein centre de Paris pour voir s'il est difficile dans le choix de ses postes de chasse..... 
>>>>Un épervier a pris ses habitudes dans cette cour près du jardin du Luxembourg (photo Laurent Masselet)
Que mange-t-il ? C'est une espèce qui se nourrit presque exclusivement d'oiseaux, passereaux en général. En hiver, il faut reconnaître qu'il a vite fait de repérer les mangeoires mises par les amis des oiseaux à la disposition des mésanges,verdiers et moineaux en peine de nourriture ! C'est parfois un cas de conscience : faut-il nourrir des oiseaux au risque qu'ils se fassent attraper par le "méchant" épervier ? Je propose de renverser le problème et de dire qu'en mettant une mangeoire vous nourrissez les oiseaux de 2 manières : directement avec les graines pour les passereaux et indirectement en proposant des proies plus faciles à l'épervier....après tout lui aussi à faim en hiver ! |